EDUCATION SEXUELLE : peut mieux faire !

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Les familles n’ont jamais été très fortes en matière d’éducation sexuelle. Pendant des siècles, elles se sont bornées à interdire que la « chose » ne se fasse. Jusqu’à leur majorité – très tôt sous l’Ancien Régime -, les enfants se débrouillaient comme ils pouvaient pour acquérir un peu de connaissance sur la « chose » en question. A la campagne, ils regardaient les ébats des animaux qui, à défaut de les instruire toujours, les amusait beaucoup. Ailleurs, ils lorgnaient par le trou de la serrure les rapports de leurs parents.
Faisons un grand bond en avant : nous sommes dans l’après mai 1968, au temps glorieux du féminisme, les langues se délient, il n’est plus interdit de parler de « cul », et les pratiques se libéralisent : on baise à tout va en ces années 1970 ! Le film de Bertrand Blier, Les Valseuses, est à cet égard très caractéristique des mœurs du temps.
Mais la même libéralisation ne se produit pas dans les familles. Si la « chose » n’est plus tabou, l’on n’en parle guère plus qu’auparavant avec les enfants. La sexualité reste un sujet délicat avec eux, à défaut d’être un sujet sensible.

C’est alors que l’Ecole de la République, qui avait peut-être lu Freud à ce sujet (favorable à l’éducation sexuelle à l’école, qu’il jugeait préventive des troubles sexuels à l’âge adulte), entre en jeu et introduit, mais par la petite voie d’une petite circulaire, en 1973, une information d’éducation sexuelle.
Aujourd’hui, de la maternelle à la terminale, en plus des cours de SVT dispensés en classes de CM2, 4ème et 3ème, qui traitent de biologie sexuelle, les élèves bénéficient, depuis une loi de 2001, de « trois séquences d’éducation à la sexualité au minimum » par an, au cours desquelles sont abordées, sous la forme de groupes de paroles animés par des spécialistes divers, les dimensions psychologiques, affectives, sociales, culturelles et éthiques de la sexualité.
Mais ces textes sont très mal appliqués. Les professeurs des écoles, prétextant un programme chargé, n’abordent que rarement les questions sexuelles avec leurs élèves. Quant aux enseignants du secondaire, peu nombreux sont ceux qui osent dialoguer sur des sujets sensibles ou toujours perçus comme tels : masturbation, orgasme féminin, homosexualité…

En résumé, l’éducation sexuelle à l’école demeure de type informatif et sanitaire. Les notions de plaisir, de partage, d’échange, sont absentes. Cette information, de surcroît, est centrée sur les risques : grossesse (non-désirée), maladies sexuellement transmissibles, et les moyens de les prévenir : contraception féminine, préservatif. Le comble est que, malgré les leçons données, les méconnaissances des élèves soient toujours aussi grandes en ce domaine, d’où ces croyances erronées continuant de circuler, comme « une femme ne peut tomber enceinte à son premier rapport », « les seins poussent aussi chez les garçons », « les règles évacuent du sang sale », etc.
C’est par la pornographie sur internet que nos enfants, élèves ou collégiens, accèdent vraiment à la sexualité. Et le fait n’est pas nouveau : il y a une vingtaine d’années, l’on disait déjà qu’une majorité d’élèves de CM2 avaient visionné sur magnétoscope une cassette porno. Enfants et adolescents, sur internet aujourd’hui, ne recherchent pas toujours les sites « pornos », ces sites viennent à eux : l’on sait en effet qu’avec à peu près n’importe quel mot-clé tapé sur Google, l’on entre sur l’un de ces sites.
Rappelons pour conclure que la sexualité fait partie inhérente de la vie. Ainsi l’éducation sexuelle à l’école ne saurait-elle se résumer à des cours d’anatomie ou de santé sexuelle, de surcroît souvent mal ingérés. Elle doit s’ouvrir aux questions du plaisir, du respect entre les partenaires, du sentiment amoureux.
C’est enfin d’une véritable éducation à la vie et au bonheur dont nos enfants ont besoin. A cet égard, le rôle des familles demeure primordial. Elles doivent mieux investir les questions sexuelles et affectives.

Michel Fize, sociologue

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