Jeune Bergère : Entretien avec Delphine Détrie

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le copyright © LUX FOR FILM

 D’où est née l’idée du film ?  

Tout a commencé par une rencontre avec Stéphanie Maubé lors d’un reportage pour un magazine en 2015. Je l’avais filmée, ainsi que deux autres jeunes femmes qui avaient tout lâché pour l’agriculture après avoir eu une première vie professionnelle dans un autre domaine. Avec Stéphanie, j’ai eu un contact privilégié et nous nous sommes donné des nouvelles. L’été suivant, elle m’a confié que l’administration menaçait de fermer son exploitation sous prétexte que ses brebis divaguaient trop souvent sur les routes. Après tout ce qu’elle avait réussi à construire, j’ai trouvé la situation injuste. Elle allait également passer le cap des cinq ans d’installation et arrivait au moment fatidique où elle devait prouver que son exploitation était rentable. J’ai eu envie de la filmer, de l’accompagner durant ce passage de 2016 à 2017. Elle jouait son avenir et il y avait vraiment matière à raconter une histoire.  

 Dès les premières images, on appréhende quasi physiquement le choix qu’a fait cette jeune femme : on perçoit l’horizon infini des prés salés, les ciels changeants, parfois menaçants, les bêtes qui s’éloignent avec la tempête… Tout cela rend compte d’une absolue fragilité.  
  Le spectateur devait pouvoir se projeter dans sa vie, mesurer la difficulté mais aussi la beauté de ses choix. Je voulais que le film soit une immersion, avec des symboles qui soulignent la précarité du milieu dans lequel elle évolue : les barrières faites de palettes, les ficelles bleues avec lesquelles elle les attache… Dans la serre qui lui sert de bergerie, seule une bâche en plastique la sépare des caprices du ciel, mais il y a aussi quelque chose d’esthétique dans cet artisanat. Les choses sont sans cesse doubles : belles et fragiles à la fois.  
  Sa coquetterie, son humour et son allant font de Stéphanie un personnage à part…  
  À Paris, Stéphanie était graphiste et travaillait également comme assistante de production et de réalisation. Elle avait le sentiment de se disperser. Un jour, elle a trouvé sa voie et s’est battue pour sortir de la case dans laquelle elle aurait logiquement dû rester. Elle a découvert la campagne, qu’elle pensait ne pas aimer, à la faveur d’une rencontre avec un berger lors d’un week-end passé dans le Cotentin avec son compagnon. Elle s’est sentie bien, comme si, soudain, les planètes s’alignaient enfin. Après être retournée plusieurs fois dans la région, elle a compris que c’était là qu’elle voulait vivre et qu’elle allait élever des moutons. Elle a choisi d’embrasser un métier qui faisait sens pour elle. Je dis souvent que Jeune Bergère est un film sur le sens du travail. C’est une question de société très importante à mes yeux : pouvoir pratiquer le métier qu’on a choisi de manière à ce qu’il garde du sens, alors qu’on est sans cesse malmené par les questions de rentabilité.  

  On imagine que tout ne s’est pas fait en un jour  

  Il a effectivement fallu plusieurs années à Stéphanie pour mettre son projet sur pied : un an d’études dans un lycée agricole, beaucoup de stages et d’expériences sur le terrain chez d’autres éleveurs… Au fil des ans, elle s’est approprié une façon de faire de l’élevage très pointue, avec un gros travail de sélection des animaux, qui permet à la race de retrouver sa rusticité et d’être la plus adaptée possible au milieu dans lequel elle évolue. En choisissant l’élevage dans les prés salés, elle revient aux fondamentaux – un mouton, ça mange de l’herbe dans laquelle il trouve toutes les vitamines et les minéraux dont il a besoin. Inutile de le nourrir avec des céréales. Sa pratique lui permet aussi de donner des quantités moindres de médicaments ou de vermifuges. Elle a vraiment trouvé sa vocation et l’énergie qui l’anime lui permet de franchir tous les obstacles. J’ai avant tout vu en elle un personnage en quête de liberté.  


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Une liberté à l’unisson de ce mode d’élevage où les moutons paissent dans les prés salés, des prés sans enclos dans lesquels tous les troupeaux se trouvent mélangés.
Stéphanie n’aurait pas aimé élever des animaux en enclos, cela ne correspond ni à sa nature ni à sa quête. C’est cette interaction avec la mer qui l’attirait.  
  Quelle est la particularité de ces prés ? Ils appartiennent à l’État, donc au domaine public maritime, au même titre que le reste du littoral. Les troupeaux des différents éleveurs y cohabitent selon le principe du pâturage collectif. Les prés salés sont immergés à chaque grande marée, une fois par mois. De ce fait, il y pousse une végétation particulière, des plantes dites « halophytes » : la salicorne, l’aster maritime, l’obione… Cette végétation broutée par le troupeau transmet une saveur très particulière à la chair de l’agneau.  
Concrètement, comment gère-t-on des animaux en liberté qui subissent les aléas des marées ? 
Il faut faire régulièrement des tournées de surveillance, pouvoir rapatrier les brebis dans des parcelles de repli pour les mettre à l’abri lorsque la marée monte. Ce sont ces champs que Stéphanie est obligée de louer au prix fort aux agriculteurs voisins quand les parcelles qu’elle a acquises ne suffisent plus. Au début du film, on voit bien qu’elle est partagée entre la bergerie où des naissances ont lieu et le reste du troupeau, plus rustique, qu’elle a volontairement laissé à l’état sauvage pour voir si les femelles sont en mesure de mettre bas en extérieur. Cette double localisation lui cause parfois des ennuis : on lui reproche de laisser ses brebis s’éloigner des lieux fixés par la DDTM, la Direction Départementale des Territoires et de la Mer, qui gère la réglementation des prés salés.  
Cette expérimentation d’élevage en semi-liberté donne lieu à une scène poignante :Stéphanie retrouve un agneau mort dans le pré, à côté de sa mère, complètement désorientée. 
On en parle peu, mais les éleveurs sont souvent confrontés à la mort. Avec les années, Stéphanie a dû assumer cette donnée. On sent que c’est difficile pour elle. Elle l’explique d’ailleurs très bien : « Quand la mère s’en fiche, dit-elle, on l’admet plus facilement, mais quand elle est triste, on l’est aussi. » Tout en connaissant parfaitement l’hostilité du milieu, elle s’intéresse à la psychologie de ses animaux. Elle a établi un vrai lien avec eux, bien qu’ils soient nombreux.   

 On la sent véritablement en symbiose avec la nature : elle est sensible, mais jamais dans la sensiblerie. Si elle l’était, elle ne pourrait pas faire ce métier, et elle l’a bien compris. Les maladies éventuelles en bergerie, la présence des renards et les aspérités du terrain à l’extérieur sont des menaces permanentes avec lesquelles elle a accepté de travailler. C’est le prix à payer pour ce type d’élevage, qui lui permet d’entretenir un rapport presque charnel avec le paysage et avec son troupeau : elle travaille avec la nature, en partenariat avec elle, jamais en opposition. Elle colle à son environnement.  

  Le film s’ouvre sur des scènes de naissance dans la bergerie. On voit que Stéphanie entretient un lien très fort avec ses brebis.
C’était un moment auquel je tenais beaucoup. Financièrement, les naissances sont capitales, car c’est grâce à elles que l’éleveuse gagne sa vie. Humainement, les naissances sont fatigantes, mais aussi très douces. La bergerie se transforme en une sorte de maternité, un cocon où la relation que Stéphanie entretient avec ses animaux est particulièrement forte et tactile.   

  Stéphanie parle d’ailleurs de ses bêtes comme de « collègues de travail ».  

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  On a effectivement l’impression que ses brebis l’écoutent et la regardent. Il y a un côté « aimable » chez ces animaux. Ils sont à taille humaine, ne font pas peur… J’ai beaucoup aimé tourner avec eux, au milieu d’eux, en les filmant à hauteur du regard pour que le troupeau devienne un personnage du film. C’était amusant de voir les brebis s’habituer petit à petit à la caméra. Elles se regardaient dans l’objectif, qu’elles percevaient comme un miroir. 
À la tête d’un troupeau de 180 têtes, la jeune femme se plaint de ne pas avoir assez de bêtes. Aux yeux du profane, cela semble déjà être une exploitation importante. 
  Son exploitation est à taille humaine : elle produit une viande de qualité dont elle est fière, qui se vend bien et à bon prix. Pourtant, la taille de son troupeau ne suffit pas à la faire vivre. On estime qu’il faut avoir au minimum 300 brebis pour pouvoir vivre décemment de l’élevage. Or, il lui est très difficile, presque impossible, d’agrandir son troupeau.  
   Expliquez-nous pourquoi.
En dehors des contraintes fixées par la DDTM, Stéphanie doit faire face au mode d’attribution très injuste des quotas de moutons. Par exemple, pour se répartir les animaux d’un exploitant qui part à la retraite ou qui décide de cesser son activité, les éleveurs locaux, qui sont réunis en association, votent en fonction du troupeau qu’ils possèdent déjà : un animal équivaut à une voix. On imagine donc facilement que ce sont toujours les gros propriétaires qui remportent les quotas disponibles. Malgré ses tentatives pour faire entendre son point de vue à l’administration, Stéphanie n’arrive pas à faire bouger cette règle archaïque. On l’a aidée à s’installer en lui demandant de devenir rentable, mais on ne lui permet pas d’agrandir son cheptel, ce qui l’empêche d’augmenter son revenu. Elle se sent piégée. Du reste, elle n’a pu créer le troupeau qu’elle a aujourd’hui qu’à la faveur d’un conflit opposant les exploitants autour d’un lot de brebis. Faute de les mettre d’accord à l’époque, la sous-préfète a choisi de les attribuer à Stéphanie pour son installation.  

Stéphanie doit constamment rendre des comptes au conseiller en gestion qui la suit.  
  C’est la rançon de l’aide de 10 500 euros, la DJA, Dotation Jeune agriculteur, qu’elle a reçue pour lancer son exploitation. Pour en bénéficier, Stéphanie, comme n’importe quel jeune exploitant agricole, a dû établir un PDE, un Plan de Développement Économique. C’est-à-dire qu’elle a dû faire une projection du nombre d’agneaux qu’elle réussirait à faire naître et à vendre, du nombre de kilos de légumes qu’elle pourrait faire pousser… Tout cela en sachant qu’au final, il lui faudrait faire avec  les aléas de la météo et les maladies occasionnelles. L’administration ne tient aucun compte de ces contingences : de gré ou de force, il faut rentrer dans le moule, faute de quoi, au bout de quelques années, le jeune exploitant peut avoir à rembourser partiellement cette dotation. C’est ce que craint Stéphanie lors de son premier entretien avec le conseiller en gestion. 
Cela ne l’empêche pas de payer dans le même temps les erreurs commises par l’administration : lorsqu’une secrétaire se trompe sur la date de l’hivernage en l’avançant d’un mois, les éleveurs n’ont plus qu’à s’exécuter.  
  C’est rageant, mais une fois le document imprimé, aucun retour en arrière n’est possible. Dans son livre, Foutez-nous la paix, la journaliste Isabelle Saporta montre très bien à quel point la réglementation hexagonale enquiquine les agriculteurs. On loue la particularité et l’excellence de leurs produits tout en les soumettant à des normes qui leur mettent des bâtons dans les roues. L’Union Européenne est moins tatillonne   
On est frappé par le nombre de solutions que cette « bergère », comme elle aime poétiquement s’appeler, trouve pour pallier le manque de rentabilité de son troupeau. Elle diversifie ses activités en organisant des visites pour les scolaires et les touristes, en essayant de mettre en place une conserverie de légumes bio ou encore en tentant de ressusciter des métiers en voie de disparition avec la laine de ses moutons.  
  Stéphanie est extrêmement créative, et cette créativité la sauve. Même si le film montre à quel point elle est entravée par des contraintes qui lui empoisonnent quotidiennement la vie, elle résiste, cherche des chemins de traverse, va au bout de ses idées. Elle ne baisse jamais les bras : elle estime qu’elle a devant elle un terrain de jeu et d’expérimentation infini  

Vous vous éloignez malgré tout de l’image d’Épinal que peuvent imaginer les gens qui rêveraient de l’imiter.  

  Le film n’idéalise rien. Il montre que c’est possible, mais aussi que c’est difficile. Un changement de vie suppose un combat. Il faut être tenace et innover. À sa manière, Stéphanie fait émerger un nouveau modèle agricole. 
Stéphanie travaille presque tout le temps seule. Elle vit avec son petit garçon. On apprend que son compagnon n’a pas supporté la vie à la campagne. Il faut une sacrée force de caractère pour supporter cette solitude, d’autant que ses voisins ne lui font pas de cadeaux, ils se montrent parfois malveillants à son égard. 
  En étant jeune, belle, parisienne et mère célibataire, Stéphanie représente la femme à abattre pour certains paysans ! Mais son cas est loin d’être unique. D’autres nouveaux exploitants qui s’installent à la campagne vivent ces situations : ils sont perçus comme des étrangers, on ne leur facilite pas l’accès à la terre, on éparpille leur troupeau ou, comme dans le cas de Stéphanie, on détruit les clôtures de leurs champs. Derrière cette histoire particulière, le film raconte aussi quelque chose d’universel. On peut tout de même penser que les choses évolueront au fil du temps. Cela fait dix ans que Stéphanie vit en Normandie. Son fils y est né, de jeunes générations vont arriver avec peut-être une autre mentalité. On ne va pas pouvoir lui dire indéfiniment qu’elle est une étrangère.  
  On sent qu’en dépit d’une certaine originalité, elle maîtrise parfaitement son métier.  

  Elle est compétente, ses gestes sont précis. Elle prouve que le métier qu’elle s’est choisi ne se transmet pas uniquement par l’héritage familial, il s’apprend. Avec le temps, elle a assumé d’être différente, de ne pas porter la combinaison verte des agriculteurs, de faire les choses à sa façon, comme lorsqu’elle éparpille la paille à la main lorsqu’elle est dans la bergerie avec sa stagiaire. Je trouve cette singularité charmante ! Et puis, moi qui suis cheffe opératrice de formation, je connais la suspicion qu’une femme suscite quand elle exerce une activité perçue comme masculine. On doit en faire deux fois plus pour convaincre de notre savoir-faire. 
Revenons à l’hostilité de son voisinage : Stéphanie se montre extrêmement combative : elle alerte la gendarmerie lorsqu’on s’approprie ses brebis, monte des dossiers pour chercher une médiatisation… Mais, dans le même temps, elle parvient à rester fair-play.
Même si les vols de brebis dont elle est victime sont totalement injustes, elle estime qu’il est très difficile de les prouver parce qu’ils peuvent aussi être le fait de gens de passage. Elle obtient rarement une perquisition des gendarmes et, la plupart du temps, cela ne donne rien, car ils interviennent trop tard. Lorsqu’elle-même fait rentrer ses moutons du pâturage, il lui arrive de se retrouver avec des animaux qui ne lui appartiennent pas, mais le lendemain, elle appelle ses voisins pour leur dire qu’elle leur ramène à tel ou tel endroit.  

 À cette étape, comment différencier ses animaux de ceux des autres troupeaux ? 
Comme elle l’explique aux enfants dans une séquence du film, ce n’est pas elle qui reconnaît ses brebis, mais ses brebis qui la reconnaissent. En effet, ses brebis la sentent arriver avec le chien. De plus, elles se reconnaissent aussi entre elles et il y a souvent une meneuse qui guide tout le monde vers la bergerie.
Stéphanie se fait parfois aider par deux femmes…
Lorsqu’elle a démarré, elle faisait du « woofing », c’est-à-dire de l’accueil à la ferme en échange de travail. Dans ce cadre, elle a parfois accueilli de jeunes hommes. Néanmoins, sa démarche attire souvent des jeunes femmes qui partagent sa vision de l’agriculture et ne veulent plus se couler dans le moule du modèle dominant, comme Julia, sa stagiaire, parisienne, et Marie-Line, une femme de la région, à qui elle transmet son expérience. On sent, notamment dans la dernière séquence, que toutes les trois se serrent les coudes. J’ai eu envie de mettre en valeur cette solidarité féminine. Stéphanie est étonnamment spontanée devant la caméra, très directe, y compris dans les moments durs. Comment êtes-vous parvenue à instaurer un tel degré d’intimité avec elle ? 
Nous avons beaucoup discuté avant, pendant et durant les intervalles du tournage pour définir et construire l’histoire. Je lui expliquais où je voulais aller pour qu’elle comprenne pourquoi je souhaitais tourner telle ou telle séquence et qu’elle n’ait pas l’impression que ce ne soit pas justifié. J’ai essayé de faire en sorte que le tournage n’entrave pas son travail. Stéphanie m’a fait confiance. Il en fallait effectivement pour accepter de montrer les moments difficiles ou laisser parfois transparaître une forme de lassitude. Elle a accepté de ne pas être dans le contrôle et cela était fondamental. Le fait de gérer à la fois l’image et le son, qui m’était d’abord apparu comme une contrainte liée à un faible budget, nous a finalement aidées : c’était souple, léger, un face à face de femme à femme qui nourrissait la complicité. Mon choix a été, dès le départ, de ne jamais lui faire refaire les prises. Je me devais d’essayer d’être au bon endroit, au bon moment, d’anticiper. Moins le tournage était contraignant, plus la spontanéité jaillissait.  
Après deux moyens métrages, Jeune Bergère est votre premier long. A-t-il été difficile à monter ?
 Il fallait absolument démarrer le film en janvier 2016, j’ai donc commencé à tourner sans budget avec mon propre matériel. J’ai ensuite fait appel à un financement participatif. Enfin, les choses avançant, ma productrice, Lucie Moreau, a trouvé un distributeur qui nous a proposé de faire un format long pour le cinéma. C’était inattendu et formidable.   

 Jeune Bergère est bien plus qu’un témoignage, c’est vraiment du cinéma. 

Je souhaitais que le film se construise avant tout sur des sensations : le vent, les oiseaux, le bruit du foin dans la bergerie… Il fallait que le spectateur puisse prendre le temps de se plonger dans cet univers et qu’il arpente lui aussi les prés salés. Je ne voulais surtout pas être didactique : pas de voix-off, pas d’informations livrées d’emblée. Comme dans une fiction, on devine progressivement d’où vient Stéphanie et qui elle est. La séquence avec les enfants m’a été très précieuse. Grâce à eux, l’éleveuse met son monde à notre portée.  

Combien de temps le tournage a-t-il duré ?
 Un an et demi. Il fallait que Stéphanie ait un début de réponse à sa situation à la fin du film. Même si les choses ne sont pas encore officielles, on sait qu’elle va s’en sortir. Je tournais en fonction des situations qui me semblaient nourrir l’histoire que j’avais choisie de raconter, rarement plus de trois jours d’affilée, et en fonction aussi de ce que Stéphanie projetait : un rendez-vous à la gendarmerie, un autre avec le comptable… Stéphanie a-t-elle tout de suite été partante pour le projet ? Tout de suite. Elle était d’autant plus enthousiaste que je lui ai parlé de mon désir de cinéma.   
 Parlez-nous du montage.
 Avec la monteuse, Virginie Véricourt, nous avons eu à cœur de retranscrire une certaine tension, tout en cherchant à créer un équilibre entre des moments très contemplatifs et d’autres beaucoup plus concrets. Nous voulions aussi des moments d’humour. La dernière scène, lorsque les trois femmes essaient de faire sauter les moutons dans l’eau, a été pour nous un véritable cadeau ! Dès le début, nous avons choisi de mettre peu de musique, nous y avons eu recours avec parcimonie, lorsque cela apportait véritablement quelque chose à la dramaturgie. Il fallait avoir la tête baignée dans le vent.  
Au-delà de la quête de Stéphanie, on sent passer un grand souffle de liberté.
 À ce moment-là, j’avais moi aussi envie d’une grande liberté. Les paysages et Stéphanie me renvoyaient à ce désir. Ce film, c’est aussi un geste pour dire comment j’ai envie de travailler moi-même. Avec lui, j’espère donner aux spectateurs le désir de se poser la même question.  
Vous avez d’autres projets ? Je tourne un nouveau long métrage qui se déroule dans un foyer de jeunes travailleurs. Ils parlent de la place qu’ils donnent à leurs rêves dans leurs situations précaires…  

DELPHINE DÉTRIE – RÉALISATRICE 

Delphine Détrie est réalisatrice et cheffe opératrice image depuis bientôt vingt ans. Elle a longtemps travaillé pour la télévision pour laquelle elle réalise dʼabord de nombreux formats courts : des portraits dʼartistes (TV5), des portraits de femmes (Arte), des reportages qui explorent les coulisses de la création contemporaine (Arte). Puis, en 2010, elle réalise son premier long format pour lʼémission Des racines et des ailes (France 3).

 Elle mène désormais ses projets de documentaires de création. Avec Le temps qui reste (2010), elle nous emmène auprès des soignants dʼun centre de soins palliatifs hors du commun. Le film est en compétition dans plusieurs festivals, reçoit un prix du public au Mans et est sélectionné par la Commission Images en Bibliothèques. Elle poursuit avec Les Secrets du polichinelle (2014), qui décortique avec franchise et humour la période de la grossesse. Le documentaire est présenté au festival ImagéSanté de Liège. Jeune Bergère est son premier long métrage pour le cinéma. 

FILMOGRAPHIE 2010 : Le temps qui reste (54’ – Télévision) 2014 : Les secrets du polichinelle (60’ – Télévision) 2019 : Jeune Bergère (91’ – Cinéma)  


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