« La Sorcière » de Jules Michelet, préface et commentaires de Jean-Philippe de Tonnac

0
3

« L’unique médecin du peuple, pendant mille ans, fut la Sorcière.
Les empereurs, les rois, les papes, les plus riches barons, avaient
quelques docteurs de Salerne, des Maures, des Juifs, mais la masse de
tout état, et l’on peut dire le monde, ne consultait que la Saga ou
Sage-femme. Si elle ne guérissait pas, on l’injuriait, on
l’appelait sorcière. Mais généralement, par un respect mêlé de
crainte, on la nommait Bonne dame ou Belle dame (bella donna), du nom
même qu’on donnait aux Fées. » Jules Michelet

En lisant ou en relisant Michelet, l’impression est que tout l’élan
qui a fait surgir le féminisme dans notre temps et qui s’accomplit
aujourd’hui dans le culte rendu à la sorcière, à la femme sauvage,
au Féminin sacré ou guerrier, est né chez lui, dans les pages d’un
livre fou, publié pour la première fois en 1862, un livre de poésie
et de rage pareil à nul autre.

Un livre fou puisque, pour écrire cet hommage vibrant à
l’insoumission de la femme, à la sorcière qui sommeille en elle, il
fallait s’en prendre frontalement à l’Église qui « n’a pas
assez de bûchers contre l’infortunée », une Église qui régnait en
maître sur les esprits et sur un pouvoir dont elle armait le bras. Aux
yeux du clergé, la sorcière était la résurgence de tout ce qu’il
haïssait de l’héritage des temps passés, une certaine forme de
paganisme et une dévotion à la nature.

Jean-Philippe de Tonnac s’est pris de passion pour la tonitruante
actualité du texte de Michelet.

Dans l’introduction à ce livre brûlant, magnifié par les
illustrations de Gabriel Sanchez, il met en exergue toute la modernité,
l’engagement et l’hommage magistral rendu aux femmes. Un ouvrage
inconcevable dans le contexte historique qui l’a vu naître ;
inattendu aussi dans le parcours de vie de l’auteur. Un écho aux
prises de conscience et aux combats actuels.

« Celle qui, du trône d’Orient, enseigna les vertus des plantes et
le voyage des étoiles, celle qui, au trépied de Delphes, rayonnante du
dieu de lumière, donnait ses oracles au monde à genoux, – c’est
elle, mille ans après, qu’on chasse comme une bête sauvage, qu’on
poursuit aux carrefours, honnie, tiraillée, lapidée, assise sur les
charbons ardents ! »

« Où est la sorcière ? Aux lieux impossibles, dans la forêt des
ronces, sur la lande, où l’épine, le chardon emmêlés, ne
permettent pas le passage. La nuit, sous quelque vieux dolmen. Si on
l’y trouve, elle est encore isolée par l’horreur commune ; elle a
autour comme un cercle de feu. » Jules Michelet

En 1861, Jules Michelet a 63 ans. Il est l’auteur d’une magistrale
Histoire de France. Il a enseigné au Collège de France, avant d’en
être chassé ; il est l’une des figures de proue du progressisme en
France aux côtés de Hugo, Zola, Saint-Simon ou encore Comte. Sa
rencontre, puis son mariage, avec Athénaïs Mialaret, de trente ans sa
cadette, lui a rendu plus évident et intolérable l’asservissement
dans lequel la société tenait la femme.

Ecrivain et essayiste, Jean-Philippe de Tonnac est notamment l’auteur
du _Cercle des guérisseuses_, paru chez le même éditeur.

La Sorcière

Jules MICHELET

Préface et commentaires de Jean-Philippe de TONNAC

RÉPONDRE

Merci de renseigner votre commentaire
Merci de renseigner votre nom

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.