Le Louvre au pays de l’or noir par Sandrine de La Houssière

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La géographie de l’art est aujourd’hui largement délivrée de tout ancrage national ou territorial et n’est plus polarisée en Europe et aux Etats-Unis. Son centre de gravité hier encore occidental est aujourd’hui en pleine délocalisation vers l’Asie et le Moyen-Orient, où les nouveaux riches du capitalisme mondialisé fleurissent à foison. Cette culture hors-sol participe d’un vaste mouvement mondial. A la recherche de valeurs refuges pour leurs capitaux, ils sont les nouveaux garants de la tendance haussière du marché. On les trouve désormais dans le monde arabe  avec l’idée de préparer l’après pétrole par le développement du tourisme, de l’éducation et de la culture haut de gamme.
Témoin, l’ouverture le 11 novembre du Louvre Abu Dhabi qui se veut un musée à vocation universelle et qui a construit sa singularité sur une vision transversale de la création artistique « œuvrant au dialogue entre l’Orient et l’Occident » en rupture avec la présentation traditionnelle des collections selon un découpage par école, par technique et par matériau qui permet de reconnaître la singularité d’un ensemble.  Aujourd’hui l’idée même de cohérence culturelle a déserté  la nouvelle muséographie des institutions patrimoniales : les conservateurs tendent à privilégier les parcours « transversaux » ;
Né d’un accord intergouvernemental signé le 6 mars 2007 entre les Émirats Arabes Unis et la France le nouveau musée associe Abu Dhabi avec le prestige du Louvre, sans pour autant être une copie du Louvre à Abu Dhabi, Il s’appuie sur un dispositif inédit de présentation des collections qui exposeront durant dix ans, sur un principe de rotation, des prêts des collections françaises et la collection propre du Louvre Abu Dhabi au service d’un « dialogue » entre les cultures
Ainsi l’approche muséographique du Louvre Abu Dhabi explore-t-elle les «connexions » entre des civilisations ou des cultures éloignées dans le temps et l’espace. Suivant un parcours à la fois chronologique et thématique, le visiteur traverse différentes époques et civilisations dans ce que l’on appelle désormais un « dialogue interculturel ».

La « cité musée » du Louvre Abu Dhabi s’inscrit dans la démesure : le projet est pharaonique : Construit sur l’île de Saadiyat (l’île du bonheur), une île naturelle de 27 km2 (l’équivalent d’un tiers de la surface de Paris), le District Culturel sera intégré dans un nouvel ensemble urbain de 150 000 habitants, à quelques encablures du centre historique d’Abu Dhabi.
 Sur un total de 64 000 m2, 6 000 m2  sont consacrés aux collections permanentes et 2 000 m2 aux expositions temporaires. Sélectionné pour concevoir ce musée, Jean Nouvel, lauréat du prix Pritzker, s’est laissé guider par la dimension exceptionnelle du site : une île lagunaire, vierge, entre  sable et mer. L’architecte a souhaité que son bâtiment adopte « une esthétique en accord avec sa fonction de sanctuaire des œuvres d’art les plus précieuses ».
Une coupole de 180 mètres de diamètre (soit la superficie de la cour Carrée du Louvre) coiffe les deux tiers du musée, apportant de l’ombre et réduisant la consommation énergétique. Librement inspirée du prototype de la ville orientale, l’architecte reprend les formes orientales évoquant la mosquée, le mausolée, le caravansérail ; avec des feuilles de palmes entrelacées, traditionnellement utilisées comme matériel de toit dans les Émirats, la coupole filtre  la lumière à la manière des moucharabiehs.
 Parmi les œuvres d’exception prêtées par Paris : un bracelet en or aux figures de lions fabriqué en Iran il y a près de 3 000 ans, une fibule d’or et de grenats d’Italie datant du Ve siècle après J.-C., une magnifique Vierge à l’Enfant de Bellini, des œuvres de Jordaens, Caillebotte, Manet, Gauguin, Magritte, un papier-collé inédit de Picasso et neuf toiles du peintre américain Cy Twombly, disparu il y a quelques années.
 
Côté français on peut véritablement parler de transfert de compétences. L’accord intergouvernemental prévoit que la partie française, réunie au sein de l’Agence France-Muséums, assure la formation et l’encadrement pédagogique du personnel à qualifications spécifiques, et notamment des professionnels en contact direct avec les œuvres (conservateurs, chargés de documentation, restaurateurs et chargés de la conservation préventive, régisseurs d’œuvres, responsables de médiation culturelle, responsables de surveillance et de sécurité). Les échanges interprofessionnels sur les problématiques de chaque métier sont réguliers. Plusieurs Émiriens ont été accueillis en stage dans les différents musées et institutions français investis dans le projet.
L’Université Paris-Sorbonne Abu Dhabi et l’École du Louvre proposent un Master professionnel « Histoire de l’art et métiers des musées » en association avec l’équipe scientifique du futur musée du Louvre Abu Dhabi.
L’Université Paris Sorbonne Abu Dhabi, dont le campus est situé à Al Reem Island, à 15 minutes du centre-ville, porte le nom de Paris-Sorbonne en vertu de l’accord international de partenariat qui la lie, depuis 2006, à l’une des plus anciennes et des plus éminentes universités du monde, la Sorbonne. Elle offre des programmes en sciences humaines et sociales en tout point identiques à ceux dispensés à l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV). Les cours sont dispensés par les professeurs de Paris-Sorbonne et de Paris-Descartes avec les mêmes exigences qu’à Paris. Les diplômes sont délivrés depuis Paris et sont internationalement reconnus.
McLuhan ne trouverait rien à y redire….

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