Le sacrifice humain perpétuait la hiérarchie dans les sociétés inégalitaires

0
24


La Mishna, le Talmud et nombre d’exégètes bibliques juifs à leur suite voient dans cet épisode une épreuve pour vérifier la loyauté d’Abraham envers Dieu. En effet, la ligature remet en question toutes les promesses de bénédiction divine d’une descendance innombrable. Pour Maïmonide, la volonté d’Abraham de sacrifier son fils démontre la limite de la capacité humaine à aimer et craindre Dieu tout à la fois. Par ailleurs, comme Abraham a agi en suivant ce que Dieu lui avait dit par une vision prophétique, cet épisode illustre comment une révélation prophétique a la même valeur de vérité qu’un argument philosophique et porte donc en elle la même certitude, nonobstant le fait qu’elle vienne d’un rêve ou d’une vision.
Cependant, de nombreux commentaires et midrashim rejettent cette interprétation : selon Bereshit Rabba, Dieu n’a « jamais envisagé de dire à Abraham d’égorger Isaac ». Pour Yona ibn Jannah (Espagne, xie siècle), Dieu ne demandait qu’un sacrifice symbolique et d’après Joseph ibn Caspi (Espagne, début du xive siècle), Abraham a été induit en erreur par son imagination ; en effet, « comment Dieu pourrait-il ordonner une chose aussi révoltante ? ».
Toutefois, selon Joseph Hertz, grand-rabbin de l’Empire britannique dans la première moitié du xxe siècle, le sacrifice d’enfants était une pratique répandue chez les peuples sémitiques ; la singularité du récit résiderait alors dans le fait que le Dieu d’Abraham s’interpose pour empêcher (et non prescrire) le sacrifice. « Contrairement aux cruelles divinités païennes, c’était seulement la soumission spirituelle que Dieu exigeait ».

Dans le Proche Orient Ancien, les sacrifices d’enfants étaient exceptionnels. Ils furent pratiqués par certains sémites de l’Ouest, surtout les Phéniciens. En Israël, ces sacrifices furent combattus. Les témoignages qu’en donne la Bible s’expliquent par l’influence phénicienne sur le pays de Canaan. Par exemple, on dit d’Akhaz, roi de Juda, qu’il « fit passer son fils par le feu, selon les abominations des nations que le Seigneur avait dépossédées devant les fils d’Israël » (2 Rois 16,3). Un autre texte parle d’un certain Hiel, de Béthel, qui rebâtit Jéricho sous le roi Akhab : « au prix de son premier-né Abiram, il en établit les fondations, et au prix de Ségub, son dernier-né, il en posa les portes » (1 Rois 16,34). Peut-être s’agit-il là d’un sacrifice de fondation, mais cela n’est pas totalement sûr. Si c’est le cas, l’influence de la Phénicie explique cette pratique. N’oublions pas qu’Akhab avait épousé une phénicienne, Jézabel.

RÉPONDRE

Merci de renseigner votre commentaire
Merci de renseigner votre nom

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.