PANDA CELEBRE, TIGRE ASSASSINE

0
78

 

Sur la question des animaux, il y a « deux poids deux mesures ». Les uns ont droit aux honneurs des médias, et même, aujourd’hui, de la première Dame, Brigitte Macron « herself », je veux parler évidemment du désormais célèbre panda du non moins célèbre zoo de Beauval, à SDaint-Agnan, dans le Loir-et-Cher, dont la naissance, il y a quatre mois, a suscité une émotion béate, il faut bien le dire. Voilà un animal dans sa cage dorée – mais cage tout de même – qui déclenche aujourd’hui une vague de sympathies sans nom. Illustration parfaite de ce que j’ai nommé dans un livre récent, Les larmes de Charlie et cie (Ed. LGO, 2017), une formidable « dérive émotionnelle » de notre société, qui s’émotionne désormais pout et rien. Voilà un animal qui, lui ou ses parents, attire à son chevet tous les politiques, depuis François Hollande, venu poser, en 2015, devant les parents du futur Mini Yuan Zi, en passant par l’ex-président Nicolas Sarkozy, allant, « à titre privé », en novembre dernier, voir le nouveau-né, jusqu’à ce jour avec Mme Macron, le directeur du zoo espérant l’auguste visite, un jour, du bon Président « himself ». Démagogie politique assurément ! Quête de profit commercial aussi !

Pendant ce temps, dans des cages moins dorées, tigres et lions se morfondent avant de partir en spectacle, dans quelque arène de cirque. Certains meurent d’ennui, sous les balles quelquefois. On se souvient, c’était la semaine dernière : un jeune tigre d’environ deux ou trois ans, s’échappait de sa cage, dans des conditions non-encore élucidées. Retrouvé dans la rue quelques heures plus tard, mais ne menaçant personne, l’animal était froidement abattu par son propriétaire, au nom d’une sorte de « principe de précaution ». C’est un pur scandale quand on sait qu’une flèche anesthésiante aurait suffi à maîtriser le jeune tigre. Cependant, les lois étant ainsi (mal) faites, le propriétaire ne sera pas poursuivi pour assassinat. C’est fort dommage.

Ainsi va la vie animale : autorisation de vie pour certains animaux, condamnation à mort pour d’autres. C’est ici qu’il nous faut rappeler quelques principes qui devraient régir les « Droits des animaux ». Et d’abord le premier d’entre eux qui est « le droit à la vie ». Tout animal a droit à ne pas succomber en abattoir ou, dans sa famille, sous les coups d’un « maître » malveillant. Ensuite, le droit à la liberté, c’est-à-dire à ne pas être enfermé, dans quelque bassin aquatique ou quelque cage que ce soit, cage de zoo ou même cage de refuge. Il faut

donc sortir -et le plus vite sera le mieux – fauves et autres animaux de cirque, comme les chevaux ou les éléphants ou les otaries, des spectacles de cirques. Il faut retirer dauphins et orques des bassins où on les astreint quotidiennement à des pirouettes de clowns. Il faut enfin rénover les refuges pour que partout chats et surtout chiens puissent s’ébattre dans de grands enclos et ne soient plus confinés dans des boxes grillagés, livrés à l’ennui et quelquefois à la saleté. L’on peut même rêver à la disparition de ces institutions-refuges, ce qui signifierait que les « maîtres » n’abandonnent plus leurs animaux de compagnie, pour des motifs souvent futiles, comme en témoignent les annonces du site Le Boncoin, parlant de « déménagement professionnel à l’étranger », d’« exiguïté du nouveau logement », de « séparation conjugale », de « manque de temps à présent » pour s’occuper de l’animal. Jette-t-on à la rue les bébés quelquefois gênants et source de contrainte ? Non évidemment. Ne jetons pas les animaux de compagnie de leur lieu de vie, qui est aussi leur foyer. Les êtres vivants ont tous droit au même respect.

Michel Fize, sociologue et défenseur de la cause animale.

RÉPONDRE

Merci de renseigner votre commentaire
Merci de renseigner votre nom

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.