Au Revoir Là-Haut : Sixième film réalisé par Albert Dupontel

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Albert Dupontel s’est donc attelé à l’adaptation du prix Goncourt 2013, œuvre imposante de Pierre Lemaitre.
Novembre 1919.
Sur les ruines du plus grand carnage du XX° siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec Ses morts…
Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, « Au revoir là-haut » est l’histoire de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.
Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.

Le challenge était grand pour Dupontel qui, malgré la réussite de son précédent long métrage (« 9 Mois Ferme »), n’avait jamais porté un projet si ambitieux. Il a d’ailleurs écrit lui-même le scénario, un gros défi au vu de la richesse du livre. Il explique la genèse :

« En plus de mon énorme plaisir de lecteur, je trouvais le livre extrêmement inspirant. J’y ai vu un pamphlet élégamment déguisé contre l’époque actuelle. Tous les personnages me paraissaient d’une modernité confondante. Une petite minorité, cupide et avide, domine le monde, les multinationales actuelles sont remplies de Pradelle et de Marcel Péricourt, sans foi ni loi, qui font souffrir les innombrables Maillard qui eux aussi persévèrent à survivre à travers les siècles. Le récit contenait également une histoire universelle, dans le rapport d’un père plein de remords, à un fils délaissé et incompris. Et enfin, l’intrigue de l’arnaque aux monuments aux morts créait un fil rouge donnant rythme et suspens au récit.

Le réalisateur a réussi la prouesse de ne pas édulcorer l’œuvre originale, mais s’est autorisé à en changer la fin! Et il injecte dans le récit son humour atypique, qui se mêle avec subtilité aux sujets graves du roman de Pierre Lemaitre. Les équipes artistiques ont réalisé un travail prodigieux en ayant reconstitué tout à la fois le Paris des années folles et les tranchées de la Grande Guerre, ou encore en créant de somptueux masques pour le héros à la gueule cassée. La distribution révèle son lot d’acteurs déjà confirmés (Niels Arestrup, Mélanie Thierry, Emilie Dequenne, Laurent Lafitte) et des jeunes talents qui explosent (Nahuel Perez Biscayart). Laurent Lafitte se régale et nous régale dans l’interprétation d’un personnage au cynisme absolu. Quant à Nahuel Perez Biscayart, il confirme ses talents dans un rôle compliqué où il n’a souvent que le regard comme vecteur d’émotion. Ce que réussit à faire Albert Dupontel du chef d’œuvre de Pierre Lemaitre est admirable : il nous embarque dans une épopée à la manière d’ « Un Long Dimanche de Fiançailles » dans la folle ambiance des années 20, dans

le style de Gatsby le Magnifique ;

Tout cela passe évidemment par la réalisation inventive et magistrale de Dupontel. Plan séquences à foison, jeux de reflets, ellipse, voix off, la caméra est constamment en mouvement..
Sixième film réalisé par Albert Dupontel, on pourrait qualifier « Au Revoir Là-Haut » de film de la maturité pour le réalisateur, où il a réussi à conserver son style inimitable, cette candeur si souvent drôle, et toujours émouvante.

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