Sexe et Pouvoir à Rome

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Si nous avons vu que les Romains ne se catégorisaient pas selon leur orientation, leur sexualité n’est pas exempte de tabou. Chez eux, la notion qui compte avant tout est celle de hiérarchie. En effet, leur société est particulièrement organisée, et les Romains font passer le bien de leur civilisation avant leur plaisir personnel : la priorité absolue est de ne pas remettre en cause la société dans laquelle ils vivent, et de faire en sorte que chacun tienne son rôle.

Or, le sexe est dans leur esprit (et, comme nous le verrons, il le reste dans le nôtre), une question de hiérarchie. Pénétré et pénétrant ont en effet deux statut distincts. Celui qui pénètre incarne la puissance, la conquête, la part active. Le pénétré, qu’il soit homme ou femme, est pour sa part passif, soumis, faible. La hiérarchie au sein de la relation sexuelle doit donc refléter la hiérarchie dans la société en général. Un riche patricien peut donc sodomiser sans problèmes ses esclaves masculins, voire des citoyens de rang inférieur ; il sera en revanche humiliant qu’il soit lui-même sodomisé par autrui. La question des femmes est encore plus tranchée : étant considérées comme par définition inférieures aux hommes, elles ne doivent que servir à son plaisir. À l’inverse, l’homme qui s’avilirait à donner du plaisir à une femme serait très mal vu. L’idée que deux femmes puissent se donner du plaisir est pour sa part difficilement acceptée, et souvent occultée.

Lorsqu’elle est mentionnée dans la littérature, elle implique l’idée que l’une des femmes « devienne l’homme », grâce à un objet ou même un très gros clitoris, et qu’elle adopte des comportements masculins. Cette idée d’une femme tenant le rôle d’un homme effraie la morale romaine, tout comme de façon générale la possibilité qu’une femme prenne en main sa propre sexualité, car ce serait un signe d’émancipation inconcevable pour la société romaine.

Les Romains auraient célébré et magnifié l’amour et la sexualité. Les Romains étaient-ils vraiment les bons vivants éclairés, libres dans leurs mœurs et dans leurs pensées, comme le laissent imaginer leurs statues, leurs poèmes érotiques, leurs élégies et leur réputation de décadents ? On imagine l’Antiquité d’après le Satiricon et Fellini. Pourtant, l’œuvre de Paul Veyne, spécialiste du monde romain et professeur honoraire au Collège de France, nous présente plutôt une société puritaine, pleine de tabous, dans laquelle on ne fait l’amour que la nuit sans allumer les lampes de peur de souiller le soleil, et qui semble avoir inventé le mariage chrétien avant les chrétiens ! Ce que le Satiricon décrit, ce n’est pas ce que l’on fait mais plutôt ce que l’on rêve de faire. Il n’en reste pas moins que les tabous existent pour être transgressés et que toutes les formes de perversion (sexuelles ou sociales) ainsi que la corruption politique font partie intégrante de la vie des Romains dans l’Antiquité.

C’est tout cela que nous pouvons découvrir à travers ce recueil de textes édités par le magazine L’Histoire, et qui traitent entre autre de l’éloge de la virilité, de l’avortement, de la fascination du crime, de l’homosexualité à Rome, de l’obscénité et le « folklore », des noces du couple romain, des gladiateurs ou la mort en spectacle, ou encore de la politique et de la corruption…

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